Inquiet pour l’avenir des officines, dont un nombre croissant met la clé sous la porte, un syndicat invite les 22.000 pharmacies de France à une action symbolique mardi.

Le mécontentement grandit de façon visible chez les pharmaciens, déjà en grève des gardes depuis deux mois et demi. Las de ne pas voir avancer leurs revendications concernant leurs difficultés financières croissantes auprès du gouvernement, deux syndicats rompent avec la retenue habituelle de la profession et organisent des actions de sensibilisation.

L’Union nationale des pharmacies de France, troisième syndicat de la profession, appelle ainsi ce mardi à une «journée morte». Pour cette action symbolique, les croix vertes seront éteintes et le personnel est invité à porter des blouses noires, afin d’attirer l’attention des patients sur la «mort programmée des officines de proximité», explique Frédéric Laurent, vice-président de l’organisation. Les patients pourront néanmoins continuer à acheter leurs médicaments. Le 11 octobre, ce sera le 2e syndicat de la profession, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, qui organisera à Paris une action coup de poing. «En dix ans d’existence, c’est la première fois que notre profession lance une manifestation», souligne Gilles Bonnefond, président délégué de l’USPO, déplorant que les négociations avec le gouvernement «traînent».

Les syndicats ont déjà été reçus par le ministère de la Santé le 15 septembre mais sont ressortis insatisfaits de cette rencontre. «Ils sont conscients que le réseau connaît de réelles difficultés, et aucune avancée n’a été faite sur les revendications principales», explique Frédéric Laurent, qui déplore par ailleurs que la prochaine réunion soit fixée au 25 octobre. «Le projet de loi de finance de la Sécurité sociale pour 2011 sera alors déjà à l’étude. Autant ne pas se déplacer».

Une à deux fermetures par semaine

Les difficultés financières des pharmaciens suscitent une inquiétude croissante au sein de la profession. Les syndicats estiment qu’une à deux officines ferment chaque semaine. L’an dernier, «111 pharmacies ont été placées en procédure de sauvegarde, en redressement judiciaire ou en liquidation, sur un réseau de 22.500 officines. C’est peu par rapport à d’autres types de commerces, mais c’est du jamais-vu dans notre profession.», confiait Philippe Gaertner, président de la FSPF (majoritaire), au Figaro en août.

Pour remédier à cette situation, les syndicats veulent modifier le système de marges dégressives, qui est resté inchangé ces dix dernières années : plus la boîte de médicaments est chère, plus la part accordée au pharmacien est faible. Or, les volumes vendus et les prix, eux, ont baissé. Toutefois, les organisations syndicales ne s’entendent pas sur la façon de réformer le système.

La FSPF et l’UNPF souhaitent réduire la dégressivité, tandis que l’USPO préférerait augmenter la marge des médicaments les moins chers et mettre un terme aux grands conditionnements, qui consiste à délivrer aux malades chroniques une boîte avec assez de médicaments pour trois mois au lieu de les faire revenir tous les mois. Cette deuxième solution aurait l’avantage d’éviter un certain gaspillage – les boîtes n’étant jamais complètement consommées et de vérifier le bon suivi du traitement par le patient, mais aurait l’inconvénient de faire payer à ce dernier plus souvent les 50 centimes de franchise par boîte.

Les syndicats aimeraient également parvenir à un accord sur la rémunération envisagée d’autres tâches que la vente de médicaments – suivi de certaines maladies chroniques, conseils pour des cas «simples» ne nécessitant pas de consultation médicale – comme la loi HPST, votée en 2009, en offre la possibilité.